Archives mensuelles : avril 2016

Voir, être vu

Cet article est parti d’une discussion avec notre fille cadette sur le fait de chanter en public les yeux fermés ou les yeux ouverts.

Le sujet m’habite bizarrement depuis lors.

Être acteur, chanteur, c’est bien sûr, entre autres choses, accepter de s’exposer, de s’offrir au regard.
Et la même question se pose à nous tous, bien au-delà de ces métiers d’expression.

Oser regarder, oser être regardé

Cette affaire m’a ramené en un éclair à la performance de Marina Abramovic au MoMA à New York en 2010, intitulée : « The artist is present ».

On peut trouver à l’adresse :
https://www.flickr.com/photos/themuseumofmodernart/sets/72157623741486824/with/4479486340/
les 1566 photos des visiteurs du MoMA qui se sont assis, pendant en tout 700 heures, en face de Marina, immobile et silencieuse, sans autre consigne que de, « seulement », « simplement », se regarder l’un l’autre, jusqu’à ce que le(la) visiteur(se) se lève.

La contemplation de ces visages touche au cœur de notre vie :

Je m’offre à l’autre
Qui s’offre à moi
C’est TOUT !

Tristesse, légèreté, abandon, espoir, confiance, protection, bienveillance, soumission, rébellion, demande, innocence, retenue, en pleurs,… la liste d’adjectifs serait interminable,

et toujours notre humanité dans sa vérité,
« rien qu’en » se regardant.

Oser regarder, oser être regardé, voilà qui me ramène à un article précédent : faire silence ou oser parler. Et c’est la même affaire, oser rencontrer l' »autre », oser « se dire », soi ;

Pourquoi nos poignées de main, nos bonjours, nos embrassades, nos échanges de regards, de paroles, d’amour, d’écrits … sont-ils souvent si fugaces, craintifs, superficiels, peu présents, peu conscients ?

Bien sûr, il y a la juste pudeur, le respect de l’intimité, celle de l’autre et la sienne propre, la très légitime protection contre la manipulation, la séduction, la domination parfois bien réelles…

Pouvons-nous progresser dans la confiance, l’affirmation, le respect, la conscience et accepter l’échange de notre si précieuse et commune humanité ?
Nous n’oublions pas notre individualité, ni notre profonde et essentielle solitude, nous acceptons de plonger ensemble dans l’instant, dans le cœur, le feu de l’ouverture à la vie.

une sorte de « Coming out »

Bon, créer un site, c’est facile ! écrire des posts, c’est facile!

Mais faire connaître à la famille, aux collègues, aux amis et connaissances, c’est une autre affaire !

Comme un « coming out », une sortie au grand jour pour dire qui je suis, « au-dedans », … à mon âge !!

Rafraîchissant, risqué… et aussi, tant attendu !

Prendre le droit de me dévoiler, de retirer le costume habituel qui me semblait si vital. Ce vieux costume familial, amical, social n’est pourtant ni factice, ni mensonger et je continuerai de le porter quotidiennement. Mais je me serai permis, et je vous aurai permis, pour le meilleur ou pour le pire de notre relation à venir, à vous d’en décider, de voir ouvertement celui qui se cachait derrière.

C’était indispensable, urgent.

Là c’est apaisant, très simple.

« A Dieu vat ! »

Oser parler… ou Faire silence ?

Je m’ouvre aujourd’hui avec vous de ce qui fut toute ma vie une obsédante question, un lourd conflit même.

Enfant, dans le temple, j’entendais cette phrase solennelle : « Que toute créature fasse silence devant Dieu ! ». J’aimais cette phrase, je ne la vivais pas comme un ordre castrateur; elle me semblait – elle me semble toujours largement – le signe que le silence est une condition propice à toute rencontre spirituelle profonde, ce que je goûtais hautement.
Je ne voyais cependant pas, et j’ai mis énormément de temps à l’accepter, combien cette injonction, prise de façon trop unilatérale, entravait le besoin vital que j’avais de m’exprimer, face à Dieu, mais aussi, très quotidiennement, avec les autres.
J’ai vécu là un conflit intérieur très pesant, entre mon énorme besoin de dire, de chanter, de disputer, d’expliquer, d’inventer, de « déconner »…et ce frein, plus énorme encore, qui me soufflait la primauté absolue du silence sur tous ces « bavardages », les miens et naturellement, ceux des autres.

La mise à jour de ce conflit est aujourd’hui on ne peut plus concrète et actuelle, car après des mois de tergiversations, j’ai « osé » rédiger hier mon nouveau site sur « le dialogue avec l’âme » et, comble de l’horreur ! , osé le publier sur la foire planétaire qu’est Facebook !

Voilà que je m’aligne sur tous les « bavards narcissiques » du globe, et que j’ose m’exprimer à tous vents sur le plus intime de mon intime : le dialogue amoureux avec mon âme? eh oui, c’est  fait.
Oh peut-être, je ne publierai pas un « post » tous les jours, mais enfin, si j’ose accepter que parole et silence ont chacun leur intérêt, qu’à tour de rôle ils peuvent prendre leur place, aussi simplement qu' »inspir » et « expir »,

Je sens un poids lourd de tant d’années, comme miraculeusement, s’alléger…
Merci Dieu ! Merci mes amis de Facebook et d’ailleurs !

 

Voilà, c’est ma petite histoire, peut-être d’autres s’y reconnaîtront et y puiseront du courage, pour davantage parler… ou davantage se taire?
dans ce monde si souvent partagé entre ceux qui parlent et ceux qui se taisent…

Bonjour, mon vieux maître !

Quel beau hasard ! quelle belle synchronicité ! aurais-tu dit, cher vieux maître Carl Gustav Jung.

Hier je rédige mon nouveau site que je dénomme « le dialogue avec l’âme », qui bien sûr résonne avec deux titres que je connais, l’un de toi : « l’homme à la découverte de son âme », l’autre d’une de tes disciples, Barbara Hannah : « rencontres avec l’âme ». Lorsqu’après avoir publié le site, je vais interroger Google, je trouve, sous le même titre exactement que le mien, un post citant l’extrait ci-dessous du « livre rouge », sorte de cahier intime secret et sacré rédigé et illustré par Jung :

Un aveu très touchant du vieux savant, mondialement reconnu, où il regrette d’avoir si longtemps considéré l’âme comme un concept mental dûment analysé et commenté ; au lieu d’en faire, enfin explicitement et si tardivement, la partenaire d’une rencontre vivante ! Merci, cher vieux maître, d’avoir facilité notre marche à ta suite !

C. G. Jung – Dialogue avec l’âme :

« Mon âme, où es tu ? m’entends tu ? je parle, je t’appelle es-tu là ? Je suis revenu, je suis rentré – J’ai secoué de mes pieds la poussière de tous les pays et je suis venu à toi, je suis avec toi ; après de si longues années de longue marche je suis à nouveau venu vers toi. Veux-tu que je te raconte tout ce que j’ai regardé, vécu, ingurgité ? Ou bien ne veux-tu rien entendre de tous ces bruits de la vie et du monde ? Mais il faut que tu saches une chose, il y a une chose que j’ai apprise : Que l’on doit vivre cette vie. Cette vie est le chemin, le chemin que l’on cherche depuis si longtemps et qui mène à l’inconcevable que nous qualifions de divin. Il n’y a pas d’autre chemin. Tous les autres chemins sont de mauvais chemins. J’ai trouvé le bon chemin ; il m’a conduit jusqu’à toi jusqu’à mon âme. Je reviens, calciné et purifié. Me reconnais-tu ? comme la séparation fut longue ! Tout à tellement changé. Et comment t’ai-je trouvée ? Comme mon voyage fut étrange ! Par quels mots te décrire par quels sentiers tortueux une bonne étoile m’a conduit jusqu’à toi ? Donne-moi ta main, mon âme presque oubliée. Quelle chaleur me procure la joie de te revoir, toi mon âme si longtemps désavouée. La vie m’a ramené à toi. Remercions la vie que j’ai vécue, pour toutes les heures sereines et pour toutes les heures tristes, pour chaque joie et pour chaque douleur. Mon âme c’est avec toi que mon voyage doit continuer. Avec toi je veux cheminer et monter jusqu’à ma solitude. »

« Voilà ce que l’esprit des profondeurs m’obligea à dire et en même temps à vivre contre ma volonté, car je ne m’y attendais pas. J’étais alors entièrement prisonnier de l’esprit de ce temps et avais une autre opinion de l’âme humaine. Je réfléchissais et parlais beaucoup de l’âme, je connaissais beaucoup de mots savants la concernant, je l’ai jugée et en ai fait un objet de science. Je n’ai pas songé que mon âme ne peut pas être l’objet de mon jugement et de mon savoir ; mon jugement et mon savoir sont bien plus l’objet de mon âme. C’est pourquoi l’esprit des profondeurs m’obligea à parler à mon âme, à l’invoquer en tant qu’être vivant et existant par lui même et il contredit ainsi l’esprit de ce temps pour qui l’âme est une chose qui dépend de l’homme, qui peut être jugée et classifiée, et dont nous pouvons saisir l’ampleur. J’ai dû reconnaitre que ce que j’appelais autrefois mon âme, n’avait absolument pas été mon âme, mais une construction doctrinale sans vie. Il a donc fallu que je parle à mon âme comme à quelque chose de lointain et d’inconnu qui n’existe pas par moi mais par qui j’existe. »